Qu'est-ce que la conscience ?

 

Synthèse de l’intervention de Denis Marquet du 6 juin 2007
Soirée du Club de Budapest : Conscience, présence intérieure, spiritualité

 

Qu’est-ce que la conscience ?

On peut la définir par ce qu’elle n’est pas : tout ce que ne sont pas les objets de la conscience. Mais, qu’est-ce qui n’est pas objet de conscience ? On pourrait dire que la conscience c’est cela pour qui tout est autre. C'est-à-dire qu’il n’y a rien qui ne soit pas autre pour la conscience. Elle est cela pour qui même le moi est autre, et tout ce qui compose le moi, notamment toutes les sensations qui nous traversent… Elle est, en quelque sorte, rien de ce qui est, mais peut-être, cela qui fait être. La conscience c’est ce qui fait « être ».

 La conscience est aussi conscience de soi : le mouvement ne va plus vers le « quoi ». Il est centripète, il va vers le centre, il va vers le « qui », qui est conscient.

La conscience est également centrifuge. C'est-à-dire qu’elle est intéressée. La conscience est désir.

Qu’est-ce que c’est qu’aimer si ce n’est être conscient ? C’est à dire percevoir l’autre. Est-ce qu’il est possible d’aimer un être si on ne le perçoit pas ? Si on ne leperçoit pas, on va projeter des choses sur lui ou c’est parce qu’on a projeté des choses sur lui. Inversement, si on perçoit réellement quelqu’un, est-il possible de ne pas l’aimer ?  Est-ce qu’être conscient et aimer, cela n’est pas une seule et même chose ?

Dans nos vies « occidentales », on ne consacre pas de temps à percevoir les autres et on se contente en général de faire des projections. Il n’est donc pas étonnant que nous manquions d’amour. Nous manquons d’en recevoir et nous manquons d’en donner, ce qui est un peu la même chose. Nous manquons d’aimer, car nous manquons de ressentir l’autre, de prendre le temps, simplement, de sentir l’autre pour le connaître vraiment, sans projection. Conscience et sentir, cela est très lié…  Amour, connaissance, c’est une seule et même chose, c’est d’ailleurs le même terme en hébreu. Et si la conscience est lié au ressenti, elle est donc en lien avec l’incarnation… Nous y reviendrons.

La conscience, c’est avant tout, une affaire de liberté : c’est ce pouvoir extraordinaire de faire être.

Certains pensent que c’est nous tous qui créons ce monde et qui le faisons être tel qu’il est. Le monde serait un grand rêve collectif. Force est de constater que notre rêve est un petit peu cauchemardesque parfois ! Ce qui est intéressant justement, c’est de savoir si ce n’est pas la conscience qui fait du rêve un cauchemar ou un beau rêve.

En quoi la conscience est-elle une affaire de liberté ? Parce que nous avons le pouvoir de faire être ou ne pas être.

Et aujourd’hui, pour beaucoup, il s’agit essentiellement celui de ne pas faire être. Pourquoi ? Trois raisons principales à cela :

1. D’abord, parce que nous refusons ce qui nous dérange, qui procure de la souffrance. A ce propos, les souffrances étant en particulier suscitées à l’occasion de la rencontre d’un autre, la tentation est grande de projeter immédiatement sur l’autre le rejet. Mais en fait, il s’agit d’un rejet de nous-mêmes car l’événement que nous refusons est en nous.

2. Mais aussi parce que nous refusons ce qui nous fait plaisir car nous refusons l’impermanence du plaisir. Nous refusons la dimension du temps. Or le temps est une dimension essentielle de notre condition humaine. Nous refusons donc notre condition incarnée.

3. Parce que nous ne sommes pas à l’origine des ressentis qui nous traversent. Nous ne sommes pas à l’origine de nos sensations. Cela est réellement insupportable !! C’est pour cela que nous développons de multiples stratégies en permanence pour être le maître de nos sensations. Quel est le pourcentage de notre vie qui est consacré à ne pas sentir ? C'est-à-dire à essayer de nous faire croire que nous pouvons être le maître, la source, l’origine de ce qui nous traverse ?

L’homme croit que la seule manière de se constituer en origine de lui-même, c’est de dire non. C'est-à-dire le pouvoir de ne pas faire être. C’’est la non conscience.  C’est un non à la vie, un non à l’incarnation et c’est un non à soi-même. Mais nous refusant nous-mêmes qu’est-ce que nous refusons ? Nous refusons notre propre conscience.

Etre conscient, c’est donc dire oui : C’est un oui à mon désir, désir de faire être, de nous faire être nous-mêmes, de faire être chaque sensation qui se propose à nous. Qu’elle soit agréable ou qu’elle soit désagréable !  Car la sensation la plus désagréable devient absolument insupportable quand on la refuse !

Ce sont nos refus d’être conscient qui rendent ce qui se propose à nous insupportable, Il y a en nous, dans notre conscience, dans notre psyché, des concrétions infinies de choses qui sont là et qui ne devraient pourtant pas y être. Si elles sont présentes en nous, c’est simplement parce qu’à un moment dans notre vie nous les avons refusées et en les refusant, nous les avons bloquées et donc empêchées de partir.

 Donc, le oui, c’est ce qui nous permet à la fois de vivre intensément notre vie incarnée, c’est ce qui nous permet aussi de rencontrer notre nature de conscience dans sa nature de désir.

Et quand nous vivons notre vie depuis ce oui, et bien le rêve de notre vie change naturellement.

Imaginons ce que pourrait être ce rêve collectif de la planète terre dans un monde où un nombre significatif d’être humains passeraient d’une majorité de non dans les micro-choix du quotidien à une majorité significative de oui.