Les attaques de Paris, une réponse responsable

UNE DÉCLARATION AU NOM DU CLUB DE BUDAPEST, FONDATION POUR UNE ÉVOLUTION CONSCIENTE, CŒUR VERT INTERNATIONAL, LE CENTRE DE LA HAYE, LA FONDATION POUR LA PAIX GOI, LE PROJET POUR UNE CONSCIENCE GLOBALE.

Rédigé par Ervin Laszlo et Barbara Marx Hubbard

Un œil pour un œil finit par rendre tout le monde aveugle.
Mahatma Gandh
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Il y a un dicton bien connu en France que les Français et tous les gens sur cette planète déchirée par les conflits feraient bien de prendre à cœur : « Tout comprendre, c’est tout pardonner. » Comprendre, c’est pardonner.

Peut-on pardonner le meurtre de centaines de personnes innocentes ? La réaction émotionnelle instinctive est de dire non, c’est impardonnable. Pourtant, une autre réponse nous dit que, si nous comprenons pourquoi ces événements meurtriers ont lieu, nous pouvons aussi pardonner. Pardonner ne veut pas dire céder, ni oublier, mais apprendre à les surmonter et finalement à les éliminer.


Pouvons-nous comprendre pourquoi les attentats de Paris ont eu lieu ? Les comprendre pas seulement comme des conflits économiques, politiques et religieux, mais comme une conséquence de la nature de l’existence que nous partageons dans le monde contemporain ? Essayons d’arriver à une compréhension plus profonde. Laissons-nous nous considérer comme les membres d’une même famille – la Famille humaine. Il n’y a personne d’« autre » dans cette famille que « nous », tout simplement. Ensuite, prenons en compte la situation qu’affronte cette famille aujourd’hui. Nous sommes une espèce au bord de l’autodestruction et peut-être de l’extinction, que nous avons nous-mêmes initialisées, nous tuant les uns les autres pour atteindre des objectifs qui ne changent pas le chemin sur lequel nous nous trouvons. Nous sommes sur le bon chemin pour entrer en collision avec un iceberg géant appelé Changement climatique pendant que nous luttons pour une position privilégiée sur ce qui pourrait être le pont du Titanic.


Notre terre est le vaisseau spatial Titanic, et nous nous approchons dangereusement de l’iceberg Changement climatique. Si notre vaisseau ne change pas de cap et que nous entrons en collision, la survie des 7,4 milliards que nous sommes sera impossible. Est-il possible de ne permettre qu’à quelques-uns de survive, et pas aux autres ? N’allons-nous pas déclencher le genre de conflit et de violence dont les attaques d’aujourd’hui en sont un avant-goût tragique, mais limité ? Combien de millions, voire de milliards de personnes, devraient disparaître de la surface de la Terre pour que le reste d’entre nous puisse vivre ? Et du reste, y aurait-il un « reste » de nous ? Si la planète se réchauffe et devient aride comme un désert, comme Mars l’est aujourd’hui, les chances de vie seront compromises pour toutes les formes de vie supérieures de vie sur Terre.


Nous pouvons également appeler l’iceberg Effondrement mondial. Nous sommes confrontés à des problèmes existentiels grandissant rapidement – en plus de la menace d’un climat défavorable et modifié de manière peut-être catastrophique. Quelques-uns parmi nous ont de grandes richesses et du pouvoir, alors que la plupart d’entre nous sont honteusement pauvres et impuissants. Les moins privilégiés d’entre nous sont de plus en plus frustrés et certains invoquent une mission plus élevée pour justifier une lutte violente pour accéder à une vie meilleure ou, tout simplement, à une existence.

Cependant, conflits violents et actes meurtriers sont une réponse erronée, improductive et inappropriée aux problèmes d’aujourd’hui. Cela devrait être clair, mais il devrait également être clair que la réponse aux problèmes d’aujourd’hui ne peut plus être toujours plus de la même chose. Que se passerait-il pour nous si nous nous vengions et répondions à la terreur par la terreur, à la violence par la violence, comme certains de nos dirigeants politiques et militaires veulent le faire ? Ne serions-nous pas juste en train d’accélérer la rencontre de notre vaisseau spatial planétaire avec le double iceberg ?

Le monde d’aujourd’hui est encore dominé par les guerres et les conflits armés. Les dépenses militaires directes combinées des États mondiaux ont totalisé plus de $ 1.776 milliards de dollars en 2014. Les guerres en cours et la perte massive de vies humaines au Moyen-Orient ont généré le mouvement mené par ISIS (DAESH) ainsi que la crise des réfugiés syriens qui engloutit maintenant l’Europe et se propage vers d’autres continents.

 La réponse des grandes puissances avec plus d’attaques, guerre et violence ne réduira ni ne mettra fin à ces menaces. Au contraire. Cela ne fera qu’exacerber le cycle de croissance de la violence et élargir le théâtre du conflit vers les villes et pays à une échelle mondiale.

 Le pardon est une meilleure réponse. Cela ne signifie pas d’en rester au statu quo ni ne pas agir pour le changer. C’est agir comme une espèce présumée intelligente agirait sur une planète interdépendante et sérieusement en danger : avec empathie et perspicacité, une vision partagée et une volonté commune. Ou nous restons soudés avec compréhension et solidarité, ou alors nous restons seuls avec notre rancune et notre vengeance.


Les conflits sont constamment en éruption dans le monde d’aujourd’hui : nous nous battons entre nous. Certains de nos conflits engendrent une violence majeure et les conséquences s’en répandent sur la Terre. D’autres entrent dans les conflits avec l’intention d’aider certaines factions à dominer les autres. Ceux qui sont menacés par ces interventions font tout leur possible pour les arrêter. Ils n’hésitent pas à utiliser tous les moyens à leur disposition pour atteindre cet objectif, y compris un fanatisme erroné, mais toujours efficace. Pourtant, ces gens ne sont ni le diable ni le mal pur. Ils sont les membres désespérés de la famille humaine dont le sens de la famille a été submergé par leur condition abjecte. Concernant la perte de leur sens de la famille, ils ne sont pas différents de ceux d’entre nous qui entrent dans la lutte en brandissant des armes et leurs pouvoirs de destruction.

Continuer à soutenir les uns contre les autres ne fait qu’exacerber les conflits et engendrer les combats. Cela détourne notre attention de la vraie lutte dans laquelle nous sommes engagés, qui a lieu sur le pont du Titanic, et du fait que devant nous, il y a un double iceberg.

Qu’allons-nous faire ? Si nous choisissons la vengeance comme moyen d’aller de l’avant, les archéologues futurs venant d’une autre planète découvriront qu’il y avait autrefois une civilisation sur la Terre qui a disparu lorsque les habitants l’ont rendue impropre à la vie. Ils ne sauront pas si les habitants avaient cerné le problème et essayé de changer de cap pendant qu’ils le pouvaient. Nous, les habitants de cette planète, devons nous réveiller et suivre une autre voie. Une communication basée sur la compréhension, et non des attaques œil pour œil, dent pour dent, est le chemin à suivre. Nous devons nous y atteler avant que nos problèmes ne nous submergent.

Paris est devenu le lieu d’un acte de violence « presque » (même si, malheureusement, pas entièrement) sans précédent. Il sera bientôt le lieu d’un autre événement, cette fois entièrement inédit, la tentative des dirigeants du monde de se rassembler pour préserver une humanité vivante et florissante sur la planète : la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, ou COP21, qui aura lieu à Paris du 30 novembre au 11 décembre.

Souvenons-nous de Paris comme d’un lieu où est née la résolution de maintenir la vie et la civilisation sur la Terre, et non comme celui où cette résolution a disparu avant même de voir le jour.

Ceci est la première des deux déclarations sur une réponse responsable aux attentats de Paris et sur la marche à suivre.